La rente de conjoint est une garantie de prévoyance qui verse un revenu régulier à votre conjoint survivant en cas de décès. Certains contrats et certaines caisses l’appellent aussi rente de survie : c’est la même logique, un revenu de remplacement qui tombe périodiquement, là où le capital décès est versé en une seule fois.
Son rôle est précis : éviter que la disparition de votre revenu ne condamne le train de vie du foyer, en particulier quand votre conjoint gagne moins que vous ou a réduit son activité pour la famille.
La rente de conjoint compense chaque mois ou chaque trimestre une partie du revenu disparu.
C’est la garantie du déséquilibre de revenus dans le couple : plus l’écart entre vos deux revenus est grand, plus elle mérite d’être étudiée.
Point important : la définition du « conjoint » varie d’un contrat à l’autre. Le conjoint marié est toujours couvert, le partenaire de Pacs presque toujours, le concubin seulement dans certains contrats et souvent sous conditions de preuve de vie commune. Si vous n’êtes pas mariés, c’est la première ligne à vérifier dans les conditions générales.
Comment fonctionne la rente de conjoint ?
La garantie se déclenche au décès de l’assuré. Le contrat définit alors le montant de la rente, en pourcentage du revenu assuré ou en montant fixe, et surtout sa durée de versement. C’est cette durée qui sépare les deux grandes familles de rentes.
La rente viagère
Versée jusqu’au décès du conjoint survivant. C’est la protection la plus complète et la plus chère. Attention : certains contrats et régimes interrompent le versement en cas de remariage ou de nouveau Pacs.
La rente temporaire
Versée jusqu’à une échéance fixée au contrat, souvent l’âge auquel le conjoint peut faire valoir ses droits à la retraite. Elle joue le rôle de pont : couvrir les années entre le décès et le moment où la réversion prend le relais.
Indépendants : le trou de la réversion
Pour un travailleur non salarié, cette garantie répond à une faille bien réelle des régimes obligatoires. Le régime général des indépendants ne verse aucune rente à votre conjoint : il touche le capital décès s’il est bénéficiaire prioritaire, et plus rien ensuite.
Quant à la pension de réversion des régimes de retraite, elle n’arrive en général pas avant les 55 ans du conjoint survivant, et souvent sous conditions de ressources. Un décès à 40 ans peut donc laisser le conjoint sans aucun revenu de remplacement pendant 15 ans ou plus.
Quelques caisses de professions libérales font exception : la CARPIMKO, par exemple, sert une rente de survie statutaire de 10 080 € par an au conjoint. Mais la plupart des indépendants n’ont rien de tel. Avant de dimensionner votre contrat, prenez le temps de vérifier ce que prévoit votre caisse obligatoire.
Rente de conjoint ou capital décès : comment arbitrer ?
Posez les deux garanties sur la chronologie réelle d’un veuvage, et l’arbitrage se dessine presque tout seul.
Les premiers mois, tout est dépense immédiate : les obsèques, les crédits qui continuent de courir, les comptes de l’entreprise à solder, la trésorerie du foyer à stabiliser. C’est le terrain du capital, versé en une fois et calibré en années de revenu.
De la deuxième année jusqu’à la retraite du conjoint, le problème change de nature : loyer ou mensualité, courses, cantine, mutuelle, chaque mois, pendant parfois quinze ou vingt ans avant que la réversion ne s’ouvre. Aucun capital raisonnable ne tient cette distance s’il a déjà servi à éponger l’immédiat. C’est exactement le trou que la rente de conjoint vient boucher, pendant que la rente d’éducation le fait pour vos enfants.
À partir de la retraite du conjoint, la réversion et ses droits propres prennent le relais. Une rente temporaire peut donc s’arrêter là sans laisser de vide : c’est ce qui la rend nettement moins chère qu’une viagère, pour une protection réelle équivalente sur la période à risque.
Reste le dosage, et il dépend de votre couple. Deux revenus proches et des crédits couverts : un capital seul peut suffire, la cotisation économisée se reporte sur l’arrêt de travail. Un vrai écart de revenus, une carrière mise entre parenthèses pour la famille, ou un couple non marié que les mécanismes légaux servent mal : la rente mérite alors une place entière dans la répartition entre les trois briques de la garantie décès de votre contrat.