
Quand vous êtes salarié et que vous tombez malade, votre employeur prend souvent le relais : c’est le maintien de salaire. Mais dès que vous passez indépendant, ce filet disparaît. La Sécurité sociale des indépendants verse bien quelques indemnités journalières, sauf qu’elles sont faibles et plafonnées. Résultat : un arrêt de travail un peu long peut faire fondre vos revenus alors que vos charges, elles, continuent de tomber.
La prévoyance « maintien de salaire » sert exactement à combler ce trou. Reste la vraie question, celle que tout le monde se pose avant de signer : combien ça coûte, et comment choisir le bon niveau sans payer pour des garanties dont vous n’avez pas besoin ? On fait le point, chiffres à l’appui.
Sommaire
Maintien de salaire : de quoi parle-t-on quand on est indépendant
Le terme prête à confusion, parce qu’il vient du monde salarié. Chez un salarié, le « maintien de salaire » désigne l’obligation de l’employeur (souvent complétée par un contrat collectif) de continuer à verser tout ou partie du salaire pendant un arrêt maladie.
Pour un travailleur non salarié, il n’y a pas d’employeur derrière vous. Ce que l’on appelle « prévoyance maintien de salaire » est en réalité une assurance perte de revenus : un contrat individuel qui vous verse des indemnités journalières en cas d’arrêt de travail, puis une rente si l’incapacité devient durable. C’est vous qui le souscrivez, c’est vous qui en fixez le niveau.
Pourquoi c’est vital ? Parce que le régime obligatoire des indépendants ne couvre qu’une fraction de vos revenus, avec un délai de carence et un plafond journalier modestes. Si vous vivez de votre activité, quelques semaines d’arrêt sans complément peuvent suffire à creuser un vrai déficit. La prévoyance vient prendre le relais là où la Sécurité sociale s’arrête.
À retenir : pour un indépendant, « maintien de salaire » ne veut pas dire qu’un tiers maintient votre salaire automatiquement. Cela veut dire que vous achetez une garantie qui reconstitue votre revenu quand vous ne pouvez plus travailler. Le niveau de protection dépend entièrement du contrat que vous choisissez.
Combien coûte une prévoyance maintien de salaire
La réponse honnête : ça dépend de votre revenu, de votre métier, de votre âge et surtout des garanties que vous activez. Mais on peut donner des repères concrets, parce que les écarts sont énormes d’un contrat à l’autre.
Pour une couverture de base, on trouve des contrats à moins de 30 € par mois chez des assureurs comme April, Allianz ou AXA, autour de 40 € chez Malakoff Humanis, la Macif ou Aviva, et un peu moins de 50 € chez SwissLife ou la Matmut. À l’autre bout, une protection complète (indemnités élevées, invalidité, capital décès, franchise courte) grimpe vite à plusieurs centaines d’euros par mois. L’Argus de l’assurance situe d’ailleurs le coût moyen d’une prévoyance d’indépendant entre 3 000 et 4 000 € par an, options comprises.
Un exemple parle mieux qu’une fourchette. Pour un consultant de 39 ans déclarant 120 000 € de revenu annuel, avec une couverture ajustée à 6 000 € par mois et un capital décès de 150 000 €, on tourne autour de 92 € par mois en options standards. Changez un seul paramètre (la franchise, le niveau d’indemnités, l’âge) et le tarif bouge aussitôt.
| Profil / niveau de couverture | Budget mensuel indicatif |
|---|---|
| Couverture de base (IJ modestes, franchise longue) | 25 à 45 € |
| Couverture intermédiaire (IJ alignées sur le revenu, invalidité) | 60 à 130 € |
| Couverture complète (IJ élevées, franchise courte, décès, options) | 150 à 300 €+ |
Ces montants restent indicatifs : deux indépendants au même revenu peuvent payer du simple au double selon leur métier et l’assureur. C’est précisément pour ça qu’il vaut mieux comparer les contrats de prévoyance sur votre situation réelle plutôt que de vous fier à un tarif d’appel.

Ce qui fait varier le prix (et sur quoi arbitrer)
Le tarif n’a rien de magique : il découle d’une poignée de curseurs que vous réglez à la souscription. Les connaître, c’est savoir où vous pouvez économiser sans vous découvrir.
Le niveau d’indemnités journalières. C’est le poste le plus lourd. Couvrir 100 % de votre revenu coûte sensiblement plus cher que d’en couvrir 70 ou 80 %. Or vos charges fixes ne représentent pas toujours 100 % de votre revenu : viser le bon pourcentage, pas le maximum par réflexe, peut alléger franchement la cotisation.
La franchise. C’est le nombre de jours d’arrêt avant que l’assureur ne commence à payer. Une franchise de 90 jours coûte beaucoup moins cher qu’une franchise de 15 jours, mais elle vous laisse encaisser trois mois à vide. Tout l’arbitrage est là : votre trésorerie peut-elle tenir le temps de la franchise ?
Vient ensuite le mode d’indemnisation. Un contrat en indemnisation forfaitaire vous verse le montant prévu au contrat, quoi qu’il arrive, là où un contrat appuyé sur le principe indemnitaire ne compense que la perte réellement constatée. Le forfaitaire est plus lisible et souvent plus protecteur pour un indépendant, mais il se paie un peu plus.
S’ajoutent enfin les options : rente d’invalidité, capital décès, rente éducation pour les enfants, revalorisation des rentes. Chacune a du sens dans certaines situations et aucun dans d’autres. Une rente éducation est précieuse avec de jeunes enfants à charge, beaucoup moins quand ils sont autonomes. Empiler les options « pour être tranquille » est le moyen le plus sûr de gonfler la facture sans gagner en protection utile.
Le statut, le métier et l’âge entrent aussi dans l’équation. Un métier jugé à risque ou un âge plus avancé tirent la cotisation vers le haut, et les grilles tarifaires varient d’un assureur à l’autre pour un même profil. D’où l’intérêt de mettre plusieurs offres face à face.

Comment bien la choisir, étape par étape
Choisir une prévoyance maintien de salaire, ce n’est pas chercher « la moins chère » ni « la plus complète », c’est trouver le réglage juste pour votre situation. Voici la méthode que nous recommandons.
1. Chiffrez votre besoin réel. Reprenez vos charges fixes (loyer pro, crédits, cotisations, train de vie incompressible) et votre revenu. C’est ce montant que votre prévoyance doit reconstituer, pas un pourcentage choisi au hasard.
2. Calez la franchise sur votre trésorerie. Si vous pouvez tenir un ou deux mois sans revenu, une franchise plus longue fait baisser la cotisation. Si chaque semaine compte, payez pour une franchise courte : c’est là que la garantie se justifie.
3. Hiérarchisez les options. Indemnités journalières et rente d’invalidité d’abord, ce sont le cœur de la protection. Capital décès et rente éducation ensuite, selon votre situation familiale. Le reste est du confort.
4. Profitez du cadre Madelin. Si vous êtes au réel, les cotisations d’un contrat Madelin sont déductibles de votre revenu imposable, dans la limite d’un plafond annuel. Concrètement, une partie de votre prévoyance vous revient sous forme d’économie d’impôt : le coût net est plus bas que le tarif affiché.
5. Mettez les offres en concurrence. À garanties équivalentes, l’écart de prix entre assureurs est tel qu’aucun contrat ne mérite d’être signé sans comparaison. C’est la seule étape qui transforme tous les arbitrages précédents en économie concrète.
Notre verdict : commencez par le montant à protéger et la franchise que votre trésorerie supporte. Ces deux réglages déterminent l’essentiel de la cotisation. Ajoutez ensuite l’invalidité, puis le décès si vous avez des proches à charge. Et ne signez jamais sur le premier devis : sur ce marché, comparer rapporte plus que négocier.
Comparer les offres de prévoyance
Vous préférez un avis sur mesure plutôt qu’un comparatif général ? Vous pouvez aussi demander une analyse personnalisée de votre situation.
Vos questions fréquentes
Comment fonctionne la prévoyance en cas d’arrêt maladie quand on est indépendant ?
Après le délai de carence prévu au contrat (la franchise), l’assureur vous verse des indemnités journalières pendant la durée de votre arrêt, en complément de ce que verse la Sécurité sociale des indépendants. Si l’incapacité se prolonge et devient une invalidité, le contrat bascule sur une rente. Le niveau de ces versements correspond à ce que vous avez choisi à la souscription.
Comment toucher 100 % de son revenu en arrêt de travail ?
En souscrivant une garantie indemnités journalières calibrée pour compléter le régime obligatoire jusqu’à 100 % de votre revenu. Attention : couvrir 100 % coûte plus cher que 70 ou 80 %, et n’est pas toujours nécessaire si une partie de votre revenu n’est pas indispensable à court terme. L’idéal est de viser vos charges réelles plutôt que le maximum par défaut.
Combien coûte une prévoyance maintien de salaire ?
De moins de 30 € par mois pour une couverture de base à plus de 250 € pour une protection complète. Le coût moyen d’une prévoyance d’indépendant se situe autour de 3 000 à 4 000 € par an, options comprises. Le prix dépend surtout du niveau d’indemnités, de la franchise, des options et de votre profil (métier, âge, revenu).
Quand la prévoyance prend-elle le relais ?
Elle intervient à la fin de la franchise, c’est-à-dire après le nombre de jours d’arrêt fixé au contrat (souvent 15, 30, 60 ou 90 jours). Plus la franchise est courte, plus la prise en charge démarre tôt, mais plus la cotisation est élevée. C’est l’un des principaux arbitrages à régler selon votre trésorerie.
La prévoyance complète-t-elle vraiment le salaire ?
Oui, c’est sa fonction : reconstituer le revenu que vous ne percevez plus pendant un arrêt. Mais elle ne le complète qu’à hauteur de ce que vous avez souscrit. Un contrat sous-dimensionné ne couvrira qu’une partie de votre perte. D’où l’importance de chiffrer votre besoin réel avant de choisir le montant garanti.